samedi 14 février 2009

25 - Multipliez-vous !

- Guide Moderne nouvellement réglementé du bon usage de la chrétienne copulation pour les épousés de l'Église Chrétienne, Apostolique, Romaine -

Avant que de disserter de toute chose qui aurait quelque rapport de proche ou d'éloigné à la matière sexuelle entrant dans le cadre sacré de l'union à vocation chrétienne (étant définie elle-même comme engendrant de manière volontaire enfants, au sein d'une famille constituée selon les saintes prescriptions de la Mère Église) il est à rappeler l'importance capitale de mettre à bonne et honnête disposition son coeur et son esprit et ce afin de ne jamais tomber, soit par sa propre volonté soit par défaillance, manque de foi ou faiblesse d'âme, dans les propos directement et bestialement charnels qu'inspire souventes fois le sujet de l'amour matrimonial.

Et encore moins se laisser envahir par ces mêmes pensées, dussent-elles s'exprimer de manière autre que verbale. On taira donc non seulement les propos de cet ordre, mais également les images mentales pouvant, à notre insu, prendre possession de notre esprit.

Le fait étant précisé, entrons dès lors dans le vif du débat. Madame, Monsieur, réjouissez-vous, vous êtes époux et épouse. Aujourd'hui votre chemin est jalonné par la sainte Croix. Elle vous conduira -quelle joie !- sur les terres austères de la contemplation divine.

1) Le devoir des nouveaux époux qui suit là joie du mariage.

a) - Se ressaisir.

La mariée sera si emplie d'honnête bonheur, à l'issue de la sainte cérémonie, qu'elle risquera d'être enivrée de joie, omettant bientôt son premier devoir de chrétienne épouse. Son nouvel époux n'omettra point, quant à lui, de faire revenir à la réalité l'âme bien pure égarée par les chants de messe et les pieuses images offertes à cette occasion.

b) - Faire face à la pauvre condition humaine.

Au lendemain des noces il sera bon donc, et même chrétiennement professé par le prêtre, de mettre à contribution les organes reproducteurs des deux parties, soit ceux frappés du mâle emblème et ceux marqués du sceau femelle. Aussi malheureuse que puisse paraître la chose aux yeux des sensibilités les plus pures, les plus chastes, il faut se rendre à l'évidence : c'est là l'humaine condition. Il faudra s'y résigner le plus chrétiennement possible.

Pour les âmes les plus vulnérables, la prière continuelle sera un excellent soutient moral et spirituel. Nous conseillons vivement aux gens trop affectés le recueillement religieux le plus fervent : par la grâce de ces élans toute douleur s'évanouit dans l'oubli de soi.

2) L'acte en lui-même.

a) - Le devoir, le plaisir.

Là est le coeur du problème. Entre joie charnelle et devoir chrétien de reproduction de l'espèce humaine, un abîme de douleurs, de doutes et d'hérésies a perdu bien des âmes... Le bon prêtre conseille de ne point laisser vagabonder son esprit, alors que s'effectue la chose, sur les parties non nécessaires à la reproduction que constitue le corps de l'époux ou de l'épouse dans sa nudité livrée. Toutefois il sera admis, mais non formellement conseillé (du moins officiellement) par le représentant de l'Église, que l'épouse ou l'époux laisse vagabonder non seulement son esprit mais encore ses mains, autour des parties du corps que la médecine moderne recense comme étant les sièges conformes de la licite volupté, au moins chez les gens normalement constitués et non dénaturés par le vice. Ces parties légalement recensées sont, par ordre croissant de la volupté provoquée, chez le sujet femelle :

- Le contour des avant-bras. Le bas des épaules.

- Le haut du ventre.

- Le milieu des flancs.

- Le haut des mollets, entre partie supérieure de la cuisse et partie basse de l'articulation du genou.

Chez le sujet fort :

- Le contour des avant-bras.

- Le bas des épaules

- Les épaules en elles-mêmes.

- Les muscles du torse, entre exactement le haut du nombril et le bas du tétin.

- Les muscles du mollet, à partir du milieu jusqu'en haut, à la base du genou.

Toute autre partie du corps exposée à de coupables attouchements ou même représentée par la pensée à des fins perversement anti-naturelles de recherche de volupté, sera considérée comme à jamais souillée. Tout chrétien surpris par le prêtre, ou par un de ses délégués mandatés en train de s'adonner à des pratiques sataniques, c'est-à-dire toutes celles qui diffèrent de celles citées plus haut, sera excommunié.

Le baiser contre la bouche est proscrit.

b) - L 'acte.

Il se fera dans le silence le plus pieux. La femme, chastement, réprimera toute manifestation sonore produite par le flot régulier de son souffle au travers des parois de sa bouche. Elle exhalera avec discrétion son haleine ouvrant bien la bouche, afin que l'air expulsé offre le moins de résistance possible contre les parois internes de son orifice buccal, et qu'ainsi le bruit de ses poumons ventilés s'atténue chrétiennement.

Les deux époux auront bien entendu les yeux clos du début à la fin du procès. Pour plus de sécurité, on aura pris soin d'éloigner toute source de clarté de l'alcôve. Par temps de Lune les volets seront hermétiquement clos, de crainte que les clartés sélènes ne fassent naître en eux de coupables désirs, à leur insu.

L'homme se contiendra pareillement à la femme. Sans y être formellement contraint toutefois en ce qui le concerne. Les bruits incongrus émanés des viscères seront couverts par un quelconque moyen (voir pour cela dans les pieux manuels de la bibliothèque du bon pasteur les divers subterfuges mis à la disposition des époux).

Très important :

L'homme, toujours, sera sur l'épouse, ET NON L'INVERSE ! Transgresser cette loi naturelle et biblique serait un péché mortel, et entraînerait moult tourments, légalement répertoriés selon la gravité des faits. (Un exemplaire des supplices infligés aux époux qui se rendraient coupables de tels agissements est déposé chez l'Inquisiteur Général, consultable sur place.)

Si l'acte est agrémenté des fantaisies, admises mais non officiellement conseillées par le corps religieux, citées précédemment, cela ne doit pas pour autant être prétexte à prolonger indûment le procès de procréation.

Celui-ci sera conclu dès que la partie mâle aura fécondé la matière vive. À l'intérieur de cette limite la femme devra trouver la mesure, l'étendue et la rigueur de sa volupté, seulement si elle y consent soit par excès de santé, soit par faiblesse de caractère et d'âme. Sur ce point l'homme demeure toujours souverain. Une fois le vase naturel de la femme fécondé, les corps se sépareront sans délai. On pourra rouvrir les yeux, à condition que la nudité des deux parties soit dûment dissimulée aux regards mutuels et que rien d'impudique n'offense I'amour consommé des époux.

Madame, Monsieur, après examen minutieux de la présente information, multipliez-vous dans l'allégresse, et priez, priez pour tous les bienfaits du Ciel octroyés aux heureux épousés. Élevez vos enfants selon les principes honnêtes de la chrétienne Église, enseignez-leur le respect des saintes traditions bibliques, apprenez-leur l'amour de Dieu, l'amour de la vie, et communiquez-leur les joies de l'austérité, de la sévérité, soyez justes mais dignement inflexibles.

Concevez dans la plus grande chasteté, rendez grâce pour les douleurs de l'enfantement, usez-vous saintement les genoux à faire pénitence, et soyez heureux.

Raphaël Zacharie de IZARRA

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