lundi 16 février 2009

32 - La grâce vaut mieux que le mérite

En dépit des faits intégrés, admis et universellement applaudis de la Révolution et du caractère de plus en plus impopulaire et irréaliste de mes points de vue sur les choses et les hommes de ce monde, ma sensibilité de chevalier me pousse à demeurer attaché à l'appropriation par l'élite aristocratique de la culture, de l'Art, des connaissances, de la science.

Je suis pour le non-partage des richesses immatérielles avec la masse. Transporter des cours universitaires jusque dans les bidonvilles pour instruire des illettrés est un non-sens, une mesure faussement humaniste. L'on voudrait donner accès aux études à n'importe qui, à des gueux, à des roturiers ? Le rôle de ces exclus de la culture est de faire valoir la générosité des chevaliers de mon espèce caracolant sur leurs beaux chevaux blancs.

Les prolétaires sont faits pour être pris en pitié par les âmes nobles qui leur font de temps à autre l'aumône avec condescendance. Là est le véritable humaniste. Je suis opposé à l'iniquité de la "méritocratie".

Seul "l'état de grâce" a du prix à mes yeux.

Le mérite a ses limites. Celui qui par son travail, son courage et ses vertus accède à certaines richesses, à quelque palme se hisse injustement au-dessus des autres prétendants au bonheur, au confort, à la justice. Et de quel droit celui qui est né plus talentueux, plus courageux, plus vertueux que les autres s'accaparerait-il les richesses de ce monde ? Les bandits, les idiots, les paresseux ont aussi un droit de jouissance inné sur les biens de cette Terre. Ne sont-ce point des êtres humains comme les autres ? A ce titre ce droit leur est acquis.

La grâce élit des têtes sans distinction de classe ou de mérite. C'est un principe divin, gratuit, poétique et par conséquent infiniment juste et beau.

C'est précisément l'esprit des chevaliers.

Raphaël Zacharie de IZARRA